Carnet de route Grèce 2011
Thérèse, ma tendre fusée, nous a concocté un trip très intéressant, avec cabotage d’île en île en Mer Egée, dans le Dodécanèse et les Cyclades. Nous sommes partis du BSCA de Gosselies, directement à Kos, à une encablure de la Turquie, à côté de Rhodes. Nous y sommes restés 3 jours pour décompresser du boulot. Jonathan’s Appartments : le nom d’un goéland, pour une situation calme, les pieds dans l’eau.
Nous avons visité la ville de Kos en journée, quand les fêtards dorment et que les discothèques nettoient leur devanture. Une mosquée, emprise du puissant voisin turc, avoisine une splendide basilique byzantine. Un place bien ombragée en contrebas, nous a permis de découvrir un must des îles grecques : le café frappé. Délicieux. Un petit tour par l’arbre d’Hypocrate, et nous visitons le château fort, qui a défendu la Grèce pendant des siècles, aux portes de l’Empire Ottoman, bien visible de ses remparts. Le port de Kos sert de havres pour de splendides bateaux… qui nous laissent rêveurs. La chaleur, étouffante, nous pousse vers la piscine. Le soir, ambiance Vaudou pour le décor, et Cubano pour la musique. Mojito’s d’enfer, dégustés avec des coupes de cerises sur glace. Sia, un village paisible, en cul de sac ou pied d’une inaccessible montagne, nous a enchantés. Superbe petite église byzantine. Tout en haut du village, nous avons dégusté une bière frappée, dans un caboulot zen, avec vue imprenable sur l’île et la mer, jusqu’à la Turquie et Kalymnos, l’île des pêcheurs d’éponge.
Un énorme ferry nous a ensuite déposés dans le minuscule port de Katapola, à AMORGOS. C’est sur cette île, quasi désertique qu’a été tourné le film « Le Grand Bleu ». Quand on a vu la couleur de la mer là-bas, le nom du film s’imposait : jamais vu un bleu aussi intense ! Et tout ici rappelle le film. La plage d’Anna Agia, ou Jacques Mayol effectue ses plongées de nuit, le bateau échoué, les restaus bleu et blanc, les petites rues piétonnes peintes en blanc, mais surtout un bleu à nuuul autre pareil. Cette île, très montagneuse, est très peu peuplée, et c’est un paradis pour la randonnée et la méditation. Presque pas de touristes, un point poste, 2 pompes à essence et 3 villages. Basta. Pour le reste, de la garrigue, fleurant bon le thym, le fenouil et la sarriette, sillonné par d’innombrables troupeaux de chèvres, très à l’aise sur les pentes de montagne comme sur le macadam. Nous y avons vécu en Robinsons pendant 5 jours.
Vivants presque nus, goûtant les fragrances de la montagne, mangeant de la chèvre à la chair odorante, en regardant le coucher du soleil du haut de Potamos, un hameau d’Aigiali, perché à 250 marches au-dessus du parking, là ou la route s’arrête, découragée par la trop forte pente. Seul les ânes et les amateurs de couchers de soleil comme nous y montent. Le miel d’Amorgos est le meilleur que je n’aie jamais dégusté, et je m’y connais. Nous en sommes revenus avec plusieurs kilos. Je pense que nous avons sillonné tout ce qui se fait en macadam sur cet îlot. Près le pointe Sud, à proximité d’une anse à bateau aux eaux turquoise et chaudes, nous avons découvert l’épave du film Le Grand Bleu, échouée contre la côte. Le centre n’était qu’un désert de pierre, mais embaumé par des prairies, bleues de thym. La « Capitale », Chora, était un petit village perché sur un piton rocheux, protégé par un alignement hiératique de moulins. A son pied, un monastère s’agrippe à la falaise. Tout de blanc vêtu, il est un peu l’emblème d’Amorgos. L’ascension de son interminable escalier, même à la fraîche, est une épreuve d’endurance. L’accueil peu amène des occupants du lieu nous encourage à redescendre au pied de la falaise, et de nous baigner dans les eaux tumultueuses de la petite plage d’Anna Agia, ou Thérèse déniche un scorpion sortant du bain. Après le port d’Aigiali, il n’y avait plus que deux hameaux, le premier (Lagkada) nous a permis de rencontrer deux vieux locaux, qui nous ont demandés de les déposer en « ville » pour aller à la pharmacie. Ils auraient bien réquisitionné notre voiture. Mais nous voulions découvrir l’autre hameau perché, Tholaria, bien assis sur la crête entre la mer et le port. Notre repaire, à Agios Pavlos, dominait la mer, un îlot sur lequel les locaux aimaient se faire rôtir au soleil, et le spectacle changeant de minute en minute, de la lumière magique de l’astre solaire, depuis son lever jusqu’à son coucher. Toute la gamme des bleus y passait.
Parmi les plus beaux jours de notre vie depuis longtemps. L’amour était au rendez-vous, ce qui est encore mieux.
Un « fast and furious » ferry, aux couleurs flamboyantes de Vodafone, nous a menés en un peu plus d’une heure à SANTORIN, à un train d’enfer. Falaises noires, de lave, et… de monde. C’est très dépaysant, quand tu viens du paradis, de tomber directement en enfer ! Paysage dantesque (caldeira de 28 km de diamètre, la plus grande d’Europe, en partie engloutie par la mer). Surpopulation suffocante, marchands du temple par milliers… Soupirs d’Amorgosien. Heureusement, Thérèse nous avait trouvé un « bed and breakfast » à l’anglaise, la Casa Bianca, tout de blanc vêtue, et oasis de calme dans cette tempête mercantile. Tout au bout de l’île, au bout du seul patelin pittoresque, appelé Ia, les gens se rassemblent le soir pour admirer le coucher du soleil. Nous y avons été, aussi… visite obligée. Mais les gens se trompent : ils regardent le disque solaire tomber dans l’eau de la mer Egée, alors que le spectacle se trouve derrière eux : Le soleil illumine les vieilles maisons blanches et les églises à coupoles bleues, d’une étrange lumière dorée. Pas un seul ne les regarde ! Ils n’ont somme toute vu que le même coucher de soleil que l’on peut voir à Barcelone, Pitet ou Biesme, sur la colline. 🙂 Nuit d’encre dans un décor blanc. Sans sommeil. Le phénomène volcanique est très présent la nuit : déferlement de nuages hallucinés, à un rythme infernal, et comme happés par le cône du volcan. Effrayant et magnifique à la fois. Ne pouvant fermer l’œil, nous nous sommes baladés au travers des rues vides, ou le vent hurlait comme un drone de Dark Vador. Le bord de la Caldeira était si venteux, qu’il était bien difficile et dangereux de s’y tenir.
Le lendemain, un autre ferry nous a déposés à Paros, via Naxos, deux îles jumelles (belle paire). Nous y avons séjourné dans un charmant petit port de pêche, Piso Livadi. Le soir, les tables étaient dressées au bord de l’eau, et des dizaines de restaus famille tenaient boutique, dans un brouhaha de kermesse. Senteurs puissantes de sardines et maquereaux grillés, de poulpe et de calamars,… de sueur humaine aussi. Beaucoup plus calme que Santorin, c’est l’île des plages de sable doré. Repos. De très beaux et vieux villages nous ont enchantés dans la montagne du centre de l’île. Nous y avons mangé, dans deux d’entre eux, dans de petits restaus familiaux, en admirant la mer, en bas de la montagne. Le premier, Lefkes, nous a permis de découvrir une superbe bague en nacre pour Thérèse, et de charmantes boucles d’oreille en arêtes de poisson pour Emilie. Mais nous y avons bu aussi le vin local, le meilleur de notre périple. Le second, Marpissa, était construit sur une butte, et recelait des dizaines de chapelles, parfois minuscules, des maisons construites en labyrinthe, et de minuscules placettes. Les rues y sont à ce point tortueuses, que nous nous sommes perdus, et avons peiné pour retrouver notre voiture. Nous avons aussi été charmés par le très beau musée de la vie rurale, dont le conservateur, un jeune homme du cru, nous aurait bien retenus une semaine pour tout nous expliquer. Tout au Nord de l’île, un très beau village de pêcheur, Naoussa. En longeant le bord, dans les eaux limpides duquel se mirent des bateaux plus colorés l’un que l’autre, nous avons calqués nos pas dans ceux de Françoise et Barry qui nous y avaient précédés.
Nous avons ensuite repris notre bâton de pèlerin après 3 jours, pour nous rendre à MIKONOS. Beaucoup plus beau que prévu. Nous avions peu de temps, aussi avons-nous foncé sur la côte est de la ville, ou se trouvent les mythiques moulins de Mykonos, que l’on peut admirer d’un coin charmant, installé au bord de l’eau, appelé « Little Venice ». Et c’est vrai que l’on s’y croirait, à Venise, avec les eaux qui battent le parapet sous nos pieds. Retour au bateau, … qui ne vient pas ! Nous apprenons alors qu’il y a un second port dans l’île, ce que l’on avait omis de nous signaler. Par bonheur, un « fast and furious » ferry express nous a déposés à Syros, juste à temps pour rattraper notre ferry suivant. Si on le ratait, c’était foutu ! Trois jours d’attente à Syros pour le prochain bateau et un nouveau ticket d’avion, et une semaine de vacances obligatoire en plus ! Mais nous avons pu ainsi mieux visiter Mykonos, sans trop de monde, et avec un temps idyllique.
Enfin, de Syros, retour à Santorin dans une nuit de bateau agitée, et arrivée au petit matin à Kos. Retour à la case départ. Un hôtel très sympa, construit comme un petit village grec traditionnel, et muni d’une grand piscine, nous a permis d’attendre l’avion… en toute sérénité.
Belle odyssée, signée par notre tour opérateur, Thérèse Martha.