La Nigelle de Damas
Bleu. Bleu poudré. Bleu « Ciel du Nord ». Oui. C’est bien cela. C’est ainsi que je la vois. Dans la lumière douce de cette fin d’après-midi de juillet, je l’observe. Les yeux rivés sur sa corole de sépales, de ce bleu si intense et pourtant si doux qu’il m’émeut, jour après jour. L’attention fixée sur les discrets pétales, porteurs du précieux nectar. Le regard subjugué par la projection de son pistil dressé. C’est un opéra qui se joue devant moi. La ronde flamboyante de la corole m’inspire une troupe de danseurs, dans le final du Boléro de Ravel. A l’apogée, elle projette ses étamines, haut dans le ciel, pour ma plus grande joie de spectateur.
La nigelle de Damas est une fleur atypique. C’est sans doute ce trait de caractère qui m’attire. Zoom arrière. Léger. Elle, doucement posée sur le nid protecteur de son involucre, semble flotter sur un nuage vert de gris, une brume impalpable, composée d’une myriade de lanières filiformes, qui lui valent le surnom de Cheveux de Venus. Tellement délicate. Tellement légère. Tellement...
Moi, assis dans mon fauteuil, face à elle, à ce massif floral, à cet univers de douceur, je me sens bien. Je me sens vivant. Probablement la meilleure heure de l’après-midi. Avant que ne revienne ce moment que je redoute tant. Avant que je ne bascule à nouveau dans le noir. Comme chaque soir depuis bientôt un an. Zoom arrière. Plus prononcé. Devant mon fauteuil, le bac en pierre, dans lequel s’épanouit ma belle Nigelle, borde la terrasse du toit de l’immeuble. La vue est sans entrave sur les toits de la ville. Les rues de ce quartier populaire sont si serrées les unes contre les autres, que le tissu urbain y prend de la densité. L’impression de respirer à la surface de la ville, au-dessus de toutes les strates dont elle est composée. Comme un insecte posé à la surface d’un marais spongieux. Telle une libellule demoiselle, mon regard bleu effleure cette étendue de toits, de cheminées, hérissée d’une foule de détails, qui ne sont pas sans rappeler le fouillis de ma belle Nigelle. Oui, j’écris bien Nigelle avec un grand N. Elle, ma compagne silencieuse. Elle, ma confidente fidèle. Elle, ma précieuse présence. Elle, dont le nom m’emporte dans des rêveries de tapis volant, et de joyaux des Mille et Une Nuits. Elle, qui m’aide à oublier.
Oublier. Oublier dans la contemplation. Cette fleur à nulle autre pareille, s’épanouit chaque jour un peu plus, devant mes yeux admiratifs. Au fur et à mesure de sa croissance, j’ai été subjugué par la merveille de sa délicatesse et de sa beauté. Chaque après-midi, j’ai hâte de la retrouver sur cette terrasse, tous les jours de ce début d’été, comme un poisson respire à la surface de l’eau. La Nigelle. La ville. Mon attention se porte tantôt sur l’une tantôt sur l’autre. Oublier. Mais est-il possible d’oublier ?... La luminosité diminue vite. Trop vite. Trop tôt. L’heure bleue se profile déjà. Le soleil, fatigué de chauffer, se dirige en silence vers l’horizon. Bien calé au fond de mon fauteuil, je contemple le miracle, chaque jour renouvelé, du basculement entre l’ombre et la lumière. Magritte. L’Empire des Lumières. Devant mes yeux. Les couches profondes de la ville sont déjà noyées dans la pénombre. Seuls quelques éclats de verre reflètent encore la brillance de l’astre. Le ciel se teinte d’un camaïeu orange, qui monte progressivement à l’assaut du bleu céleste.
Tapotant nerveusement les bras de mon fauteuil, je constate l’ombre, qui couvre maintenant ma Nigelle de Damas. Bientôt, l’oubli ne sera plus possible. Bientôt l’effroi de revivre cette minute où ma vie a basculé. Bientôt, je serai arraché à ma compagne végétale. Bientôt. Pour l’heure, je savoure les derniers instants de ce jour s’estompant. Le feu qui embrase le ciel est mon meilleur espoir. Espoir de revoir demain ma Nigelle en beauté, butinée par des cohortes d’abeilles ivres de nectar, et caressée par le frisottis des ailes du rouge-gorge. Demain. Pour l’heure, oublier n’est plus possible. Courage, il faut affronter mon démon. Une ombre plus épaisse que la nuit couvre le haut de ma vision. C’est l’infirmière. Déjà. Elle sait. Elle sait que je déteste ce moment. Elle a un mot gentil pour m’encourager. Je tremble un peu, je n’y peux rien, c’est plus fort que moi. Elle libère les freins, pivote mon fauteuil roulant, et reprend le chemin qui me ramènera à ma chambre d’hôpital. Et comme chaque jour, je bascule dans mon douloureux souvenir. Elle roule, roule sur la terrasse qui couvre le toit de l’institution, et je me souviens...
... Je me souviens. Dix mois. C’était il y a dix mois. L’heure bleue... Cette heure où tout s’apaise. La clameur de la ville, la luminosité du jour, le vrombissement des véhicules, le chant des oiseaux.
Les dalles de béton de la terrasse, sur lesquelles l’infirmière guide mon fauteuil, me rappellent chaque jour le déroulement de cette minute où ma vie s’est arrêtée, sur un coup de frein brutal.
Je roule, au volant de ma motocyclette, goûtant la douceur de cette heure qui n’est plus le jour, et pas encore la nuit. Je roule lentement, profitant de chaque instant. Navigateur solitaire, glissant sans peine ni fatigue, sirotant ma bulle de plaisir. Isolé des bruits du monde par mon casque protecteur. La rue descend en pente douce vers les étangs. Je me fais une joie de cet interlude dans ma journée. Je m’installerai à une table au bord de l’eau. Je savourerai l’heure qui suit, en sirotant mon verre, le regard tourné vers la féerie lumineuse du crépuscule sur les eaux calmes. Mais surtout en observant les oiseaux. La foulque macroule, toujours prête à se quereller avec une sarcelle. Les oies bernaches, si élégantes, mais qui grignotent un peu plus chaque jour la niche de l’oie cendrée. L’élégance du grèbe huppé, ou encore le festival de couleurs des plumes du tadorne de Belon...
Le revêtement de la chaussée est composé de dalles, un peu comme cette terrasse. Bercé au rythme soporifique des joints, je me laisse descendre, presque en roue libre, en toute détente. Les rues transversales défilent. Mon attention se porte sur la séquence des plaques de nom des rues: rue des Acacias, des Cerisiers, des Bouleaux... Toute une forêt se déroule mollement en lettres blanches sur fond bleu. Les cerisiers du Japon, qui flamboient dans leur parure spectaculaire, gonflent l’air d’une fragrance doucereuse.
Le ciel est serein, semblable à cette heure où l’infirmière roule mon fauteuil sur le toit de l’hôpital. Des notes orangées nimbent la silhouette de plus en plus sombre des immeubles bordant l’avenue, signe d’un lendemain lui aussi serein. Aucune circulation, que ce soit en descente ou en montée. Je roule, roule. Je regarde le paysage qui défile. Je profite. Je suis bien.
Et brutalement la voilà, cette maudite minute qui a fracassé ma vie.
Déboulant à plein régime, survient sans crier gare, un boueux tas de ferraille, brinquebalant à l’extrême gauche de mon champ de vision. Un mouvement réflexe coordonne instantanément dans mon corps toute une série de fonctions de survie. Brusque poussée d’adrénaline. Une force immense se déploie dans chaque cellule de mon organisme. Mon cerveau enregistre l’alerte rouge. Mes doigts se crispent sur les freins, à les briser. Mes avant-bras se tendent comme des arcs. Ma colonne vertébrale s’arc-boute pour consolider ma carapace avant l’impact. Mes orteils agrippent les pédales, comme pour participer au freinage de la machine. Mes poils se hérissent. Ma tête rentre entre mes épaules. Mes mâchoires se serrent comme un étau.
Le chauffard, tout imbibé d’alcool, prend enfin mais seulement conscience de l’inévitable choc, quand il est déjà trop tard. Trop saoul pour réagir correctement, il pile, autant que faire se peut, son innommable engin de mort. Inconscient qu’il dresse devant moi un rempart létal, il immobilise son véhicule, au moment précis où il passe devant ma motocyclette.
A ce moment de ma reconstitution des faits, l’infirmière arrive toujours en about de la terrasse, et bute, avec les petites roues du marchepied, sur le seuil en pierre bleue de la baie d’accès aux ascenseurs. Le choc est inévitable. Elle appuie alors sur les poignées, et bascule mon fauteuil vers l’arrière, pour franchir l’obstacle. Haut-le-cœur garanti.
Le choc est inévitable. La roue avant de ma moto s’emboîte dans le ventre mou du fourgon, pliant le longeron pourri avec aisance. Court vol plané. Je suis projeté dans les airs. Des détails de rouille de la carrosserie s’impriment en Rorschach sur ma rétine, à mesure que ma tête s’approche des tôles déjà froissées. Très vite, le sommet de mon casque s’encastre en défonce négative dans le flanc douteux de la camionnette. Comme il est clairement indiqué dans la notice de garantie, le dispositif de protection du casque s’enclenche automatiquement. Du moins, jusqu’à atteindre la pression pour laquelle il a été conçu. Au-delà, ce n’est plus le contenant, mais le contenu, qui trinque et déguste. Inévitablement, disques et vertèbres s’empilent les uns sur les autres, le corps se ramasse et s’entasse, et c’est le choc brutal, total, létal... Pantin désarticulé, je m’effondre au sol, dans le fracas des verres de phares qui explosent, des carrosseries qui se frôlent et s’encastrent, des freins qui gomment la chaussée.
Non ! Non, je ne suis pas mort.
Paradoxal ! La faible vitesse à laquelle je conduisais mon engin m’a évité la mort, car le choc n’a pas été suffisant pour me fracasser contre l’obstacle. Mais si j’avais roulé plus vite, ne fût-ce qu’un petit kilomètre heure plus vite, je n’aurais pas croisé la route de cet engin infernal. Paradoxal ! Si je m’étais hâté vers les étangs, j’aurais sans doute pu profiter de ce moment de plaisir auquel j’aspirais. Si cet irresponsable chauffard avait bu un peu moins, il aurait vu le signal rouge. Si j’avais ... Si il avait... Si ! Si ! Si ! Paradoxal ! Je suis complètement dans mon plein droit, et je suis complètement fracassé. Il est complètement dans son tort, et il est complètement indemne.
Mon pauvre corps git dans un méli mélo d’essence et d’huile poisseuse, de débris de verre et de métal tordu. Un volcan de souffrance déverse sa lave de douleur dans la moindre fibre de mes nerfs. Un enjoliveur déchaussé roule en toupie hypnotique. Je l’entends sans le voir. Au-dessus de ma carcasse en bouillie, j’ai le temps d’apercevoir la face rougeaude et grossière de mon tortionnaire. Il penche sur moi un regard abruti, baragouine des mots qui m’échappent, et me couvre de son épouvantable haleine avinée. Dans le gouffre de souffrance au fond duquel je tente de surnager, je ne peux retenir un sursaut d’écœurement, avant de sombrer dans l’inconscience.
Les petites roues avant du fauteuil retombent au sol. Le choc qu’elles produisent met fin, comme chaque jour, à cette reconstitution du désastre qui me cloue à ce siège. Je suis conduit face aux ascenseurs.
Je tremble de tous mes membres, au souvenir journalier de cette redoutable minute de terreur. Et je peux lire mon effroi dans le miroir déformé des portes en acier inoxydable, malgré le geste rassurant de l’infirmière, qui dégage mon front, moite de transpiration. Elle tente de m’apaiser.
Grincement de l’acier glissant sur l’acier. Les portes s’ouvrent. Roule, roule. Glissement vers le centre de la cabine. Rotation à cent quatre vingt degrés. Les portes se ferment comme une guillotine sur la lumière de la terrasse, et l’ascenseur s’engouffre dans la gaine, mettant un point final au meilleur moment de ma journée. Pendant toute la durée de la descente, je garde les yeux clos. Sur le mur d’encre de ma rétine, je perçois l’ombre chinoise du buisson de ma Nigelle de Damas. Je mémorise autant que faire se peut le délicat réseau de filaments et de fleurs, qui m’accompagnera tout au long de cette soirée, et me fera patienter, le temps de retrouver la compagnie de ma charmante compagne végétale.
Roule, roule dans le couloir neutre. Linoleum luisant de produits d’entretien. Murs insipides, entoilés de « fibre de verre » crissant sous le doigt. Plafond gris comme un ciel de novembre. Lumière glauque d’aquarium. Gorge et palais piqués d’un arrière-goût rebutant de désinfectant. Virage à gauche, et retour dans cette chambre que j’abhorre. Grâce et à cause d’une bonne couverture assurances, je dispose d’une chambre particulière. Je dis « grâce », tant elles sont rares et prisées. Je dis « à cause de », tant ma solitude y est exaspérée.
Le local (bocal ?) qui me sert de foyer depuis ce regrettable accident, est tout sauf convivial : plafond gris neutre, sur lequel je lis tous les soirs avant de m’endormir, la triste carte des fissures. Murs aux teints pisseux, sol revêtu de cet omniprésent mélange de papier et d’huile de lin que l’on nomme li-no-lé-um ! Pour « égayer », ils ont pensé à placer une teinte différente, tranchant par rapport au couloir. L’intention est sans doute bonne, mais le lustre brillant qui recouvre l’ensemble laisse monter aux narines cet horrible fumet synthétique, qui est l’apanage des lieux où sévissent les redoutables maladies nosocomiales. Un régal ! La baie de fenêtre, sertie dans un châssis en aluminium perlé d’humidité, me propose la vue sur un mur d’entrepôt, aveugle et lépreux, et un coin de ciel, où j’ai le plaisir d’observer la course espiègle des nuages. C’en est fini pour aujourd’hui. Le magnifique coucher de soleil laisse peu à peu la place à la nuit.
Boursouflées de fleurs surchargées, les tentures, suant les miasmes de pénibles transpirations, ne dégagent malheureusement pas le parfum délicat des végétales beautés qu’elles sont sensées représenter.
Quant au mobilier qui orne ma boutique, il est spartiate. Devant le lit trône l’inévitable télévision, sensée me faire « passer le temps ». La cacophonie qui sévit d’une chambre à l’autre, m’a vite convaincu que le silence est parfois meilleur compagnon qu’un mauvais programme. Suspendues dans un coin, deux chaises pliantes attendent un hypothétique couple de visiteurs. Le concepteur de ce pseudo siège a poussé le sadisme en oubliant les plus élémentaires règles d’ergonomie, faisant de cette selle un instrument de torture, qui décourage rapidement l’entourage ou les amis qui s’en serviraient.
En fait, les mobiliers dont je me sers le plus dans ce décor sans ozone, sont le fauteuil roulant dans lequel je suis cloué, et la table, qui encombre le passage entre le lit et le mur... Tiens ! Tiens !... Sur la table, je remarque une enveloppe scellée, certainement déposée là en mon absence. L’infirmière me gare gentiment devant le plateau, et je n’ai qu’à tendre la main pour y accéder. Ce geste, anodin pour tout un chacun, est une véritable torture pour moi. Mais bon sang, qu’importe : la curiosité est plus forte que la douleur.
J’en découvre l’en-tête : elle émane du cabinet de mon avocat. Boum, boum ! A chaque fois que je reçois un courrier de lui, mon cœur s’emballe, et frappe à la porte douloureuse de mes côtes. Les doigts fébriles, je déchire l’enveloppe plus que je ne l’ouvre. Je glisse rapidement sur les civilités, nécessaires j’en conviens, mais combien énervantes quand on est avide de nouvelles. Muet d’indignation, la gorge serrée, le cerveau en berne, je lis le compte-rendu de la dernière audience judiciaire, concernant mon accident.
Le tribunal d’Application des Peines, tenant compte de l’avis unanime du Directeur de la Prison, du Comité d’Ethique, des Conseils des Médecins, et des psychologues en charge de sa rééducation, ont estimé que mon chauffard pouvait être remis en liberté conditionnelle, eu égard au fait qu’il ne représentait plus un danger pour la Société, et eu égard à sa bonne conduite ! Bonne conduite ! Ce conducteur ivrogne et irresponsable, libéré pour bonne conduite !
Je ne peux le croire, et dois relire plusieurs fois le texte au vocabulaire abscons, avant que cette vérité judiciaire ne fasse son chemin dans ma tête. Comment est-ce possible ? Après une instruction express, il a été rapidement condamné à un an de prison ferme, et un an avec sursis. Il y a à peine six mois qu’il a été jugé, et le voici déjà dehors ! Coupable, mais dehors. Libre !
Pour ma part, je suis innocent et victime, mais j’ai déjà fait dix mois d’hôpital. Et je ne sais toujours pas quand je pourrai en sortir. Chaque jour on me dit que je retrouve un peu plus mes fonctions. Chaque jour je me bats pour retrouver ma mobilité perdue. Certes, il me faudra encore des semaines pour retrouver l’usage de mes jambes, mais avec de la volonté, je sais aujourd’hui que je suis en mesure d’y arriver.
Avec ma volonté, et avec le soutien muet de ma Nigelle de Damas. A la façon d’un ange gardien, sa fréquentation m’encourage à aller de l’avant, à reconquérir mon corps, pas à pas, et fibre par fibre. En faisant fi de toute ressentiment et rancœur pour ce ...
Lui, l’incontestablement fautif, a été condamné, puis il a été gracié par la Justice des Hommes. Quant à moi, je reste enfermé pour longtemps, dans mon corps inerte, et dans cet étouffant hôpital. Quand retrouverais-je l’intégrité de mes mouvements ? Qui va me libérer ?
Ecœuré et meurtri par cette injustice que je vis dans chacun de mes muscles, je ferme les yeux...
Je ferme les yeux. Pour annuler la vision pénible qui me trotte dans la tête : je crois voir, et je crois entendre, l’indécrottable chauffard, pétaradant sur ma motocyclette, rafistolée et couverte de rouille, dans les rues qui cernent ma tour prison, hurlant à tue-tête, et jetant par-dessus bord la dernière bière qu’il vient d’ingurgiter.
Je ferme les yeux. Pour rechercher sur ma rétine l’image de plus en plus floue de ma compagne végétale, qui frissonne sans moi dans le silence de la nuit qui commence.
Je ferme les yeux. Pour quitter ma colère et retrouver la sérénité. Pour me rappeler les plus beaux moments de ma vie. De ma vie d’avant. D’avant l’accident. Pour retrouver mon calme intérieur. Comme les eaux de cet étang vers lequel je me dirigeais. C’est sûr, dans quelques semaines, quelques mois, j’irai prendre un verre au bord de cet étang, et je contemplerai à nouveau les oiseaux au crépuscule.
Je ferme les yeux. Je me réjouis calmement. Je souris. Demain, après les éprouvantes séances de rééducation, dès que le temps le permettra, on me mènera en plein ciel sur la terrasse, là-haut. Et je retrouverai la force de régénérer mon corps meurtri.
Et je retrouverai la compagnie de ma Nigelle de Damas.
Je ferme les yeux.